Human Fiction

Action – Creation – Critique

Je veux seulement de ta bonté

Sans titre, par Ievgeniia Sokova

Le premier film du réalisateur britannique Rufus Norris, Broken (2012), avec la charmante Eloise Laurence et le sérieux Tim Roth, raconte la solitude, l’importance de l’amour et des relations familiales. Comme une parabole philosophique, ce film nous amène à conclure que nous sommes tous liés les uns aux autres, que nous n’échapperons pas au cycle de la vie, où nous et nos comportements sommes les parties d’une grande chaîne.

Les « brisés » nous enseignent qu’il faut être responsable de ses paroles, qu’un seul mot, un seul mensonge, peut tuer. Les « brisés » nous enseignent que chacun a ses propres problèmes, que le monde autour est injuste. Les « brisés » nous enseignent que l’amour pour les enfants ne doit pas être aveugle. Les « brisés » nous enseignent comme il est important d’être avec quelqu’un et ne pas se sentir seul. Toutefois, cela ne signifie pas que chaque image est moralisatrice et didactique, non. Grâce à des tons doux et des contours flous, la majeure partie du film est perçu comme une prise de vue faite à la maison par un caméscope analogique qui nous permet de ne pas nous sentir comme un élève à qui on tente d’expliquer ce qui est bon et ce qui est mauvais, mais un participant direct des événements, un observateur. Une sorte d’étranger qui regarde et fait ses conclusions.

Donc, nous voyons une banlieue : les maisons, les voisins, les enfants. Chaque famille a ses propres problèmes et préoccupations, ses désirs, ses rêves et ses buts. Au centre de l’histoire, un père célibataire d’âge moyen, Archie (Tim Roth), dont la femme l’a quitté et qui a deux enfants, une fille et un fils. La fille, Emily (Eloise Laurence), dite « Skunk », est diabétique de type 1, mais elle ne se décourage pas et tente de rester une jeune fille aimable et douce, avec toutefois du caractère et son propre regard sur les choses. Alors que son père est au travail, les enfants sont veillés par Keisha (Zana Marjanovic), qui est amoureuse de Mike (Cillian Murphy), qui n’est pas pressé de se marier, tandis qu’il y a longtemps que Keisha est prête à fonder une famille. De l’autre côté de la rue vit une famille qui a un fils, Rick (Robert Emms), un simplet qui semble inoffensif. Entre ces deux maisons, il y en a une autre, où vivent un veuf, Bob Oswald (Rory Kinnear), et ses trois enfants. Ce veuf, que ce soit de chagrin après la mort de sa femme ou d’un amour excessif pour ses filles, est un fou furieux qui frappe tout ce qui bouge.

Rufus Norris, dans une certaine mesure, joue sur les contrastes. Tout d’abord, il montre comment il est possible d’aborder différemment les problèmes et de se comporter dans la société. Deuxièmement, comme Skunk et les filles de Bob Oswald sont différentes. Troisièmement, Skunk elle-même est construite sur les contrastes : la fille qui rayonne la lumière est en fait profondément malheureuse. Elle est gravement malade, incurable et, depuis son enfance, toutes les personnes qui lui sont proches la rejettent : sa mère, Mike, dont elle est amoureuse, son nouveau petit ami Dillon et maintenant Keisha peut la laisser à cause d’une liaison avec son père. Il n’est pas surprenant que, dans un moment de désespoir, elle crie : « Tout va mal. Tout va tout le temps mal ! » Cependant, malgré tout cela, elle ne se laisse pas sombrer dans le désespoir, elle tente de voir le bonheur dans les moindres détails, à chaque sourire, à chaque respiration et expiration.

Personne ne veut communiquer avec Oswald, à cause de la peur. Un des personnages est emmené à l’hôpital psychiatrique et y est enfermé autant qu’il en est jugé nécessaire. Même à l’école il y a parmi les enfants une atmosphère de violence et de peur. Cependant, même dans tel monde cruel et injuste vit un homme qui a eu un rêve, où des images avec les différentes périodes de la vie d’une fille inconnue se succédaient ; et puis son épouse l’a réveillé et lui a dit : « Archie, elle est ici ». Et quand il y a l’amour, celui qui imprègne chaque centimètre de votre corps dès les premières secondes, une image, désormais un cliché, du coma et du chemin vers la lumière change sa sémantique. Le chemin vers la lumière dans ce cas ne signifie plus la mort, mais la vie. C’est le chemin vers son père qui ne serait jamais en mesure de lui dire « au revoir », c’est le chemin vers l’amour qui va détruire une fois pour toutes la solitude et le sentiment d’être abandonnée, d’être « brisée ».

By Ievgeniia Sokova, on May 15, 2014. Top.

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