Human Fiction

Action – Creation – Critique

Le Geek, un avatar contemporain de la folie, quatrième partie

Douglas Adams, figure emblématique de la culture geek, commença sa carrière comme scénariste pour les Monthy Python et la BBC, où il écrivit entre autres plusieurs épisodes de la série Doctor Who. Néanmoins, l’œuvre qui lui donna sa notoriété reste sa « trilogie en cinq volumes » : The Hitchhicker’s Guide to the Galaxy, dit H2G2 1.

Cet ouvrage, certainement le seul à commencer par un envol de dauphins vers l’espace, raconte l’histoire d’Arthur Dent, un Anglais qui découvre au réveil que sa maison va être détruite pour construire une bretelle d’autoroute. Survient alors son ami Ford Prefect qui lui apprend dans la foulée ne pas être né sur Terre, venir d’une planète non loin de Bétégleuse, et que la Terre va être détruite pour laisser place à une bretelle d’autoroute galactique. À la suite de ces révélations, Ford emmène Arthur pour une séance d’auto-stop galactique et une succession d’aventures rocambolesques. Ils seront recueillis au sein du Heart of Gold, premier vaisseau à être équipé d’un générateur d’improbabilité infinie, moyen de propulsion permettant de dépasser la vitesse de la lumière en passant par des réalités parallèles aux lois physiques disparates, si bien que le vaisseau apparaît à son point d’arrivée sous une forme toujours différente : une pelote de laine, une théière… Le générateur altère aussi la réalité dans et hors le vaisseau, si bien qu’on pourra voir Arthur et Ford temporairement transformé en sofas et deux missiles thermonucléaires transformés en un cachalot et un pot de pétunias.

À la manière de la Nef des fous de Sebastian Brant 2, les passagers du Heart of Gold apparaissent tous comme une représentation de la folie, en commençant par Eddie, l’ordinateur de bord extatique du vaisseau ou Marvin, le désormais célèbre androïde paranoïaque et maniacodépressif. Les humains ne s’en sortent pas mieux. Le capitaine du vaisseau, Zaphod Beeblebrox a volé son propre vaisseau et s’est kidnappé lui-même. En outre, il n’a plus toute sa tête puisqu’il en a deux, plus folles l’une que l’autre, rappelant sans en avoir l’air l’étymologie de schizophrène, « crâne fendu ». Ford Prefect, lui, nous est présenté au début du film comme un homme voulant serrer la main d’une voiture. C’est lui qui insistera pour toujours porter sur soi une serviette de toilette et c’est aussi l’auteur du guide qui donna son nom à la trilogie, livre qui s’est mieux vendu que l’Encyclopedia Galactica pour deux raisons : il est un peu moins cher et surtout il est écrit « Don’t panic » sur sa couverture. Quant à Arthur Dent, homme originellement sans espoir, il accepte tout cela avec flegme parce qu’après tout on est jeudi et qu’il n’a jamais aimé les jeudis…

Finalement, ce monument de la culture geek présente une image de la folie dans la droite lignée de celle présente chez Brant ou Rabelais. Le fou est à l’honneur chez les geeks, ce qui n’a finalement rien d’étonnant, quand on sait quelle est l’origine du mot qui les qualifie.


  1. Douglas Adams, The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, Londres, 1979 à 1992, Pan Books. Voyez aussi Garth Jennings, The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, Buena Vista Pictures, 110 minutes. 

  2. Sebastian Brant, Das Narrenschiff (La Nef des Fous), 1494, presses de Johann Grüninger. 

By Alexandre Ultré, on November 6, 2014. Top.

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